Art Brut
| DEFINITIONS Jean Dubuffet Nous entendons par là [Art Brut] des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistiques, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écritures, etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe.
Michel Thévoz Les auteurs d’Art Brut sont des marginaux réfractaires au dressage éducatif et au conditionnement culturel, retranchés dans une position d’esprit rebelle à toute norme et à toute valeur collective. Ils ne veulent rien recevoir de la culture et ils ne veulent rien lui donner. Ils n’aspirent pas à communiquer, en tout cas pas selon les procédures marchandes et publicitaires propres au système de diffusion de l’art. Ce sont à tous égards des refuseurs et des autistes. L’Art Brut présente des traits formels correspondants : les œuvres sont, dans leur conception et leur technique, largement indemnes d’influences venues de la tradition ou du contexte artistique. Elles mettent en application des matériaux, un savoir faire et des principes de figuration inédits, inventés par leurs auteurs et étrangers au langage figuratif institué. Dans la plupart des cas, ces caractéristiques sociales et stylistiques se conjuguent et s’amplifient par résonance : la déviance favorise la singularité d’expression et celle-ci accentue en retour l’isolement de l’auteur et son autisme, si bien que, au fur et à mesure qu’il s’engage dans son entreprise imaginaire, le créateur se soustrait au champ d’attraction culturelle et aux normes mentales.
Lucienne Peiry
L’Art Brut et l’art naïf, l’art enfantin, l’art primitif Les créateurs d'art naïf voisinent avec les auteurs d'Art Brut par l’originalité et l’inventivité qui animent pareillement leurs productions. Issus généralement d’un milieu populaire, ni les uns ni les autres n’ont suivi de formation artistique: ils disposent d’une culture simple, souvent rudimentaire, et s’engagent dans la création avec spontanéité. Mais les peintres naïfs se réfèrent à l’art traditionnel et officiel auquel ils empruntent les sujets (paysages, portraits et scènes de genre), les procédés de figuration (perspective linéaire ou aérienne) et la technique (peinture à l’huile sur tableau de chevalet). Tout en étant autodidactes, ils rêvent de palmes académiques, d’intégration, de reconnaissance, et sont attirés par l’institution muséale. Ils aspirent à la consécration culturelle et sociale. A l’inverse, l’auteur d’Art Brut ignore les instances culturelles, les normes et valeurs de l’art officiel, ou s’y montre indifférent voire réfractaire. |
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